19.03.2018

Des crânes de femme déformés créent la surprise paléontologique en Bavière


Une étude paléogénomique s’est penchée sur l’invasion des Huns et la migration féminine en Allemagne du Sud durant le haut Moyen Age, avec une conclusion pour le moins étonnante: les Bavaroises et Bavarois modernes ont des ancêtres originaires de la mer Noire.

En Europe centrale, la fin de l’Empire romain et l’époque des grandes invasions fut suivie de la période du haut Moyen Age. Cette époque est communément associée à diverses tribus barbares tels qu’Alamans, Francs ou Lombards. Jusqu’à récemment, le profil génétique exact de ces populations n’avait toutefois pas été établi avec clarté. Une équipe internationale comportant des chercheurs fribourgeois ainsi que le Professeur Daniel Wegmann a désormais étudié ces populations qui vécurent dans l’ancien domaine de l’Empire romain en Bavière aux alentours de 500 apr. J.-C., avec des résultats plutôt surprenants.

Traces de Huns
Dans le cadre d’une étude interdisciplinaire, les chercheuses et les chercheurs ont analysé les anciens génomes d’une quarantaine de squelettes en provenance d’Allemagne du Sud. Si l’ossature présente un patrimoine génétique étonnamment bien conservé malgré l’époque reculée, ce dernier subit toutefois des altérations caractéristiques faciles à confondre avec de véritables mutations. Les bioinformaticiens de l’Université de Fribourg ont mis au point des méthodes ciblées permettant de tenir compte de telles altérations dans les analyses génétiques. «Nos méthodes permettent d’établir avec précision la parenté de ces vieux squelettes avec les Européennes et Européens modernes», explique Daniel Wegmann. Tandis qu’une grande partie des anciens Bavarois ressemble aux Européens du Centre ou du Nord, un groupe d’individus se détache radicalement du lot. Ce groupe s’était déjà fait remarquer au préalable par sa déformation crânienne. Nous savons que de telles modifications volontaires furent pratiquées par des populations tous azimuts, à diverses époques pour donner au crâne une forme allongée caractéristique. Jusqu’ici, l’origine de cette coutume en Europe était de nature hypothétique. «De manière générale, on supposait que les Huns venus d’Asie avaient importé cette tradition de la déformation crânienne en Europe centrale et orientale», explique Brigitte Haas-Gebhard de l’Archäologischen Staatssammlung à Munich.

Femmes fortes au Moyen Age
Les analyses historico-génétiques ont toutefois révélé que les personnes médiévales au crâne déformé étaient des femmes qui avaient migré de la mer Noire vers des colonies bavaroises aux alentours de 500 apr. J.-C. «Si nous avons détecté certaines influences asiatiques, nos analyses génétiques démontrent que ces femmes au crâne déformé s’apparentent avant tout aux Bulgares et aux Roumaines modernes», constate le Professeur Wegmann. En outre, ces femmes ne se distinguent pas seulement par leur forme crânienne insolite, mais présentent également d’autres caractéristiques externes, telles qu’une couleur de cheveux et d’yeux sensiblement plus foncée que la norme. Or, la vaste majorité des Bavarois de l’époque était blonde aux yeux bleus, comme c’est le cas aujourd’hui en Scandinavie. Peu de temps après, les chercheurs ont découvert deux individus dont les parents génétiques les plus proches seraient les Grecs ou les Turcs modernes. Une fois de plus, il s’agissait de femmes. «Voici un exemple unique de mobilité féminine couvrant de vastes espaces culturels», affirme le démogénéticien Joachim Burger de l’Université Johannes Gutenberg à Mayence. Force est de constater qu’un grand nombre de phénomènes jusqu’ici insoupçonnés propres à la dynamique des populations ont influencé nos villes et villages ancestraux.»

Outre les bioinformaticiens fribourgeois, l’équipe a également réuni des collègues d’Allemagne, des États-Unis et de Grande-Bretagne, parmi lesquels l’anthropologue Michaela Harbeck de la Staatssammlung für Anthropologie Munich, Brigitte Haas-Gebhard de l’Archäologische Staatssammlung Munich, ainsi que le démogénéticien Prof. Joachim Burger de l’Université Johannes Gutenberg à Mayence.

Liens supplémentaires
Vidéo: The Palaeogenetics Lab at Mainz University (2013)
Publication: Proceedings of the National Academy of Sciences, 12.3.2018, Krishna Veeramah et al., Population genomic analysis of elongated skulls reveals extensive female-biased immigration in Early Medieval Bavaria, Proceedings of the National Academy of Sciences, 12.3.2018

Image
De gauche à droite: crânes fortement, moyennement et pas du tout déformés du haut Moyen Age, découverts sur les sites d’Altenerding et Straubing. Collection d’Etat pour l’anthropologie et la paléo-anatomie, Munich.