La population suisse fait confiance à la science

La population suisse fait confiance à la science

Les premiers résultats du Baromètre scientifique suisse sont tombés: la majorité des Suissesses et des Suisses estiment que la recherche scientifique est nécessaire et qu’elle doit être soutenue par l’Etat. Leur confiance dans la science, les scientifiques et les universités est avérée. Les médias et Internet sont leurs principales sources d’information.

Que pensent les Suissesses et les Suisses de la recherche scientifique et où se renseignent-ils à propos de ses avancées et résultats? Ces questions sont au centre du projet à long terme Baromètre scientifique suisse, mené par des chercheurs de l’Institut für Publizistikwissenschaft und Medienforschung (IPMZ) de l’Université de Zurich, et du Département des sciences de la communication et des médias (DCM) de l’Université de Fribourg.

Bonne réputation
La première édition de ce Baromètre scientifique suisse 2016 est plutôt réjouissante pour les scientifiques. «Les trois quarts de la population suisse considèrent la recherche scientifique comme nécessaire, même si elle ne leur apporte aucune utilité concrète et immédiate», dévoile Mike S. Schäfer, professeur à l’IPMZ et auteur de l’étude. Le même pourcentage de personnes interrogées croit que la recherche scientifique doit être soutenue par l’Etat. En outre, plus de la moitié de la population suisse s’intéresse fortement ou très fortement aux thèmes scientifiques, plus qu’à ceux de l’économie, de la finance, et même du sport. Seule la politique dépasse la science comme thème de prédilection pour la population suisse.

Les médias et Wikipédia
La majorité de la population suisse demande que les scientifiques informent le public de leur travail. Elle trouve satisfaction à cette exigence non seulement dans les médias traditionnels (quotidiens, journaux, hebdomadaires, magazines), mais aussi sur Internet et à la télévision – dans une moindre mesure à la radio et dans les magazines spécialisés. Lorsqu’elle choisit Internet, la population suisse s’informe le plus souvent dans l’encyclopédie Wikipédia. Facebook et les blogs ou les forums en ligne jouent un rôle mineur. D’autres moyens d’information scientifique sont plébiscités, comme les musées, les expositions et conférences scientifiques, les zoos, aquariums et jardins botaniques.

Ombres au tableau
Si la majorité de la population interrogée a confiance dans la science, les scientifiques et les universités, elle pense principalement aux sciences naturelles, et à la médecine au premier plan. Quand on demande aux sondés à quoi ils associent le terme «science», ce ne sont pas les sciences humaines et sociales qui viennent d’abord à l’esprit des sondés. En outre, malgré leur intérêt indéniable pour la science, la plupart d’entre eux sont d’avis que la recherche scientifique devrait aussi avoir des limites. Le sondage ne précise cependant par lesquelles.

Deuxième ombre au tableau, une partie minoritaire des sondés – environ un cinquième – oppose une résistance opiniâtre aux thèmes scientifiques et à la recherche en soi: selon eux, la science ne joue aucun rôle dans leur vie, ils n’ont aucun intérêt pour elle et ne lui font pas confiance.

Mais dans l’ensemble, «le peuple suisse est conscient de la valeur scientifique et lui accorde une note positive, relève Mike S. Schäfer. C’est particulièrement réjouissant dans la mesure où la Suisse est une société du savoir engendrant de nombreuses dépenses en faveur de la science et de la recherche, ce qui en fait un pays parmi les plus novateurs du monde en termes de connaissances scientifiques, avec des répercussions dans de nombreux domaines de la vie: la santé, la nutrition, l’éducation des enfants, les décisions politiques et économiques.»

Soutien de la population
Coauteure de l’enquête, Julia Metag, professeure au Département des sciences de la communication et des médias de l’Université de Fribourg, «espère que ces résultats seront pris en compte et discutés au sein du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche. Cela permettrait d’engager un débat parmi les différents acteurs de la formation et de la recherche.»

Car ce sondage tombe à pic au moment où des compressions budgétaires sont justement envisagées dans ces domaines. Le Conseil fédéral et le Parlement oseront-ils aller contre le soutien dont jouit la science au sein de la population ?

L’enquête Baromètre scientifique suisse 2016 a été menée par téléphone sur la base d’un échantillonnage représentatif de la population résidant en Suisse, maîtrisant l’une des langues nationales (allemand, français, italien) à partir de l’âge de 15 ans. C’est l’institut de sondage DemoSCOPE qui a interviewé 1051 personnes – 651 en Suisse alémanique, 200 en Suisse romande et 200 au Tessin.

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  • Le Baromètre scientifique suisse est financé par la Gebert Rüf Stiftung, la Stiftung Mercator Schweiz et l’Université de Zurich.  Les prochains sondages auront lieu en 2019 et 2022.
  • Contact à l’Université de Fribourg: Julia Metag, professeure au Département des sciences de la communication et des médias, 026 300 83 15.

Jean-Christophe Emmenegger

Jean-Christophe Emmenegger est rédacteur indépendant. Après sa licence en lettres obtenue en 2005, il séjourne une année en Russie, où il débute le journalisme. Auteur d'études historiques et littéraires sur les relations Suisse-Russie, il publie en 2018 aux Editions Slatkine Opération Svetlana, un livre qui révèle en détail les six semaines que la fille de Staline avait passées en Suisse après sa fuite d'URSS en 1967.

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Jean-Christophe Emmenegger est rédacteur indépendant. Après sa licence en lettres obtenue en 2005, il séjourne une année en Russie, où il débute le journalisme. Auteur d'études historiques et littéraires sur les relations Suisse-Russie, il publie en 2018 aux Editions Slatkine Opération Svetlana, un livre qui révèle en détail les six semaines que la fille de Staline avait passées en Suisse après sa fuite d'URSS en 1967.

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