L’addiction, c’est dans la tête

L’addiction, c’est dans la tête

Dans la tête, mais pas comme on veut bien le croire. L’addiction touche, en fait, à la plasticité du cerveau. Mais les traces qu’elle laisse sont réversibles et d’intéressantes pistes thérapeutiques peuvent être envisagées. Florian Lanz, les évoque lors d’une conférence donnée dans le cadre de la Semaine du cerveau.

Le terme anglais addict est aujourd’hui très à la mode et utilisé un peu à toutes les sauces. Mais quelle est la définition médicale de l’addiction?
L’addiction est une maladie chronique, qui peut être définie comme un comportement compulsif en dépit des conséquences négatives. Ce terme ne doit pas être confondu avec la dépendance. En effet, celle-ci se caractérise par les conséquences liées au sevrage, c’est-à-dire aux effets de manque lorsqu’il y a une diminution de la dose ou l’arrêt brutale de la consommation (par exemple: nausée, tremblements, dysphorie…).

L’addiction touche à la plasticité du cerveau. Qu’est-ce qui s’y passe vraiment?
L’addiction se caractérise par une usurpation du circuit de la récompense; un système fonctionnel fondamental à la survie. Lors d’un comportement dit normal, le circuit de la récompense a pour but de fournir la motivation nécessaire à la réalisation d’actions ou de comportements adaptés, ainsi que de répéter les expériences plaisantes apprises au cours de notre vie. Cependant lors de consommation de substances addictives, celles-ci influencent le fonctionnement du cerveau. D’un point de vue microscopique, ces modifications vont intervenir au niveau des connexions plastiques entre les neurones, communément appelées synapses. D’un point de vue macroscopique, il a été démontré que l’usage de substances psychoactives occasionne un dérèglement de la communication neuronale dans le circuit de la récompense. Ainsi la plasticité du cerveau et le nouvel équilibre en présence de substances psychoactives vont être à l’origine des phénomènes d’addiction.

Peut-on tirer des pistes thérapeutiques de ces découvertes?
En 2014, l’équipe du Professeur Christian Lüscher de l’Université de Genève a mené des recherches sur des rongeurs qui ont montré que cette plasticité synaptique, induite par des substances addictives, était en fait réversible. En utilisant une technique couplant génie génétique et lumière – l’optogénétique – cette équipe de recherche a pu activer sélectivement des neurones et ainsi restaurer un comportement normal chez des souris exprimant un comportement addictif. Cette approche n’est cependant, pour l’heure, pas applicable à l’humain, en raison de restrictions éthiques et techniques. Par conséquent, on se tourne maintenant vers des techniques déjà courantes en cliniques comme la stimulation cérébrale profonde (SCP ou deep brain stimulation en anglais). De façon schématique la SCP consiste à stimuler des structures profondes du cerveau, via des électrodes implantées pour obtenir des effets thérapeutiques quasi immédiats. Cette technique a été récemment appliquée sur des rongeurs et a démontré que les comportements compulsifs dus à la prise de substances addictives pouvaient être supprimés.

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  • A l’occasion de la Semaine internationale du cerveau, Florian Lanz présente une conférence intitulée «Espoir dans la lutte contre l’addiction; la stimulation cérébrale profonde», le jeudi 16 mars 2017 à 20h00, au Grand auditoire de l’Institut de Physiologie, Ch. du Musée 5, 1700 Fribourg. L’entrée est libre.
  • Programme fribourgeois de la Semaine du cerveau

Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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