«Je crois à un réel impact du cinéma engagé»

«Je crois à un réel impact du cinéma engagé»

Le cinéma engagé représente un genre à part avec ses propres codes. Public et spécialistes en discuteront lors du prochain Café scientifique, le mercredi 10 octobre, au Nouveau Monde. En attendant, rencontre avec Walter Stoffel, professeur de droit et passionné du septième art.

Walter Stoffel, avez-vous une définition du cinéma engagé?
Il s’agit d’un cinéma qui s’emploie à mettre en évidence un problème social ou économique en vue d’une certaine solution. Il prend parti. Il accuse et s’engage pour qu’une solution soit apportée à une question qu’on sous-estime ou pour laquelle on ne s’engage pas assez.

Quelle différence avec le cinéma militant?
Il s’agit d’une différence graduelle. Je dirais que le cinéma militant est particulièrement engagé, tandis que le cinéma engagé a une approche plus nuancée. Le terme militant comporte une connotation plus guerrière, il sous-entend l’appartenance à une structure organisée et peut entraîner un appel à la révolte ou à la violence. L’engagement représente un parti pris, mais avec une argumentation construite et la volonté de prendre en compte les différentes versions d’une même histoire.

Vous êtes professeur de droit économique et international privé à l’Unifr. Mais vous avez aussi accepté la présidence du Festival international de films de Fribourg pendant quelques années et, dans le cadre de votre enseignement, vous proposez régulièrement un cycle intitulé «Droit dans le cinéma». Pour vous, y a-t-il un lien direct entre les deux?
J’ai accepté la présidence du FIFF sans rapport direct avec ma fonction de professeur, avant tout par passion pour le cinéma. Mais, oui, en effet, pour moi il y a un lien étroit entre droit et cinéma, qui se situe dans la mise en scène. Le droit a une dimension très théâtrale: au tribunal, nous jouons des rôles, le jeu scénique est important: les intervenants portent des costumes, le juge est surélevé et les débats ont lieu en présence d’un public, par exemple. C’est une des raisons pour lesquelles le cinéma a souvent représenté des séances de tribunal.

Mais dans les cycles que je propose aux étudiants, ce qui nous intéresse avant tout, c’est la manière dont le droit est représenté dans les films. Est-il bon, mauvais ou n’assume-t-il aucun rôle alors qu’il le devrait? Comment sont dépeints les avocats et les juges? Se situent-ils du côté des oppresseurs ou des victimes? J’amène les étudiants à discuter de la manière dont leur futur rôle est perçu dans le cinéma. Nos cycles tournent toujours autour d’une thématique, telle que la liberté l’année dernière ou l’identité pour l’année à venir. Dans ce contexte, le cinéma engagé occupe, évidemment, une place importante.

La Suisse a-t-elle une tradition du cinéma engagé?
Bien sûr, plusieurs noms me viennent à l’esprit: récemment Fernand Melgar, Jean-Stéphane Bron et Fredi Murrer, par exemple ou, plus tôt, Alexandre Seiler, Jacqueline Veuve et bien d’autres encore…

En Suisse, la tradition est plutôt documentaire. Les réalisateurs choisissent un sujet et l’observent de façon engagée. Ailleurs en Europe, des réalisateurs comme Ken Loach ou les Frères Dardenne passent plus volontiers par la fiction. Mais l’engagement est une valeur cinématographique très ancienne. Prenez le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, par exemple.

A votre avis, le cinéma engagé a-t-il un réel impact sur les causes qu’il espère servir?
Je crois à un réel impact du cinéma engagé. Un sujet filmé de façon saissante marque plus fortement les esprits qu’un texte ou un article. Evidemment, l’impact n’est pas forcément positif et le medium peut aussi être utilisé à mauvais escient. Les nazis, par exemple, ont très bien su utiliser le cinéma engagé, de manière moralement négative, mais efficace.

En 1997, la diffusion d’un film coproduit par la BBC et la RTS, Or nazi et avoir juif, sur les fonds en déshérence avait eu un impact négatif très marqué. Sur l’image de la Suisse à l’étranger, à tel point que le Conseil fédéral avait dû répondre à une interpellation concernant ses éventuelles retombées négatives.

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  • Page de Walter Stoffel
  • Retrouvez notre expert lors du Café scientifique «Cinéma engagé – Une image vaut-elle plus que mille mots? » qui se tiendra dans la Salle du Nouveau Monde, le 10 octobre prochain, à 18h00.

Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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