Quand la vie vous laisse sans mot

Quand la vie vous laisse sans mot

Un accident vasculaire cérébral peut conduire à une perte du langage. Comment récupérer ses capacités après un tel épisode? Quel est le rôle du médecin? Quelles sont les conséquences sur l’entourage? C’est ce que raconte Un homme pressé. Projeté le 6 décembre au Rex, le film sera suivi d’une discussion avec des spécialistes, dont Jean-Marie Annoni, professeur en neurosciences à l’Unifr.

Un homme pressé suit la convalescence d’Alain, un homme d’affaire, victime d’un accident vasculaire cérébral. Quelles en sont les conséquences pour lui?
Il présente une aphasie, c’est-à-dire une perte partielle de son langage. Difficultés à trouver les mots, à comprendre ce que les autres disent, à lire et écrire sont autant de symptômes que l’on retrouve régulièrement suite à une attaque cérébrale au niveau de l’hémisphère gauche. Les personnes aphasiques ont souvent des difficultés à s’exprimer spontanément. Certains ne parlent plus que par juxtaposition de syllabes, d’autres très lentement en peinant à construire des phrases. D’autres encore ne trouvent plus les bons mots. Enfin, il y a aussi des personnes aphasiques qui parlent de manière fluide, mais mélangent certains sons et certains mots, comme le personnage du film. La compréhension, lors d’une discussion en groupe, reste difficile même pour des personnes avec une aphasie plus légère.

Existe-t-il des statistiques sur les victimes de tels accidents?
A Bâle, le taux d’incidence d’un premier accident vasculaire cérébral est d’environ 1.39 pour 1000 personnes par an, avec une prévalence de 30% de troubles aphasiques; parmi ceux-ci, plus de la moitié étaient des aphasies d’importance moyenne à sévère. D’autres études européennes ont mis en évidence des données comparables. On estime le nombre d’aphasiques en Suisse à 3’000 par an et le nombre total de personnes aphasiques à 12’000. Moins souvent, les aphasies peuvent êtres liées à des maladies dégénératives du cerveau (aphasies progressives).

Neurologiquement quels sont les enjeux?
La régression de l’aphasie est liée à une réorganisation progressive du système langagier perturbé. Un rétablissement des fonctions langagières est possible dans les tissus temporairement endommagés aux abords immédiats de la lésion mais, le plus souvent, il subsiste une hypofonction de ces aires cérébrales. Chez la plupart des patients, les conséquences sont des perturbations fonctionnelles significatives du langage. Personne ne conteste que l’hémisphère droit ait des compétences pour traiter certaines informations langagières; son rôle joué est probablement un soutien, mais il n’est pas suffisant

A Fribourg, quelles sont les ressources vers lesquelles on peut se tourner dans de tels cas?
Les logopédistes installées dans le Canton et dans les hôpitaux fribourgeois sont les spécialistes qui accompagnent et soutiennent ce processus de récupération, qui peut prendre des années. Une thérapie du langage est indiquée dès la phase de récupération spontanée, c’est-à-dire pendant les premières semaines après l’accident vasculaire cérébral, mais reste également indiquée plus tard . Une thérapie, suffisamment intensive, débutée pendant la phase aiguë permet de doubler les effets de la récupération. L’Université de Fribourg compte également une chaire et un programme de formation en logopédie qui aborde ces problèmes, en plus de tous les problèmes de langage développementaux (dyslexie, etc). Une association de personnes aphasiques est également active, l’Aphasia Club Fribourg.

Quels progrès promet encore la médecine?
Les enjeux futurs passent non seulement par l’optimisation des techniques de stimulation de la plasticité cérébrale par la neuromodulation, mais aussi, comme le montre le film, par le processus d’adaptation de la personne touchée par l’aphasie et de l’entourage. Cette problématique nécessite des connaissances biomédicales et des processus cognitifs, mais également un sens de l’accompagnement. A l’Université de Fribourg, nous avons mené plusieurs recherches sur ces processus sur des patients bilingues.

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Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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