Au chevet de la social-démocratie

Au chevet de la social-démocratie

Le diagnostic est unanime: la social-démocratie va mal. Plusieurs politiciens issus de la gauche, dont  l’ancien Premier ministre français Jean-Marc Ayrault, se sont penchés sur un courant politique moribond, mais pas encore à l’article de la mort.

Vidéo de la conférence en bas de page

Pourquoi assiste-t-on à une érosion de la social-démocratie en Europe?

Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre français
A mon avis, ce processus d’érosion a débuté au moment de la chute du mur de Berlin en 1989. A l’époque, j’étais de ceux qui pensaient que les peuples libérés de la dictature communiste allaient rejoindre spontanément la social-démocratie. Or, leur aspiration à un meilleur niveau de vie s’est plus incarnée chez les libéraux que chez nous. Aujourd’hui, les personnes prétéritées par ce système économique très libérales ne se tournent plus vers la gauche, mais vers les parties populistes et nationalistes. Que des électeurs des classes modestes votent pour des personnes comme Trump n’interpelle d’ailleurs pas que la social-démocratie, mais nos démocraties dans leur entier.

 

Angelica Schwall-Düren, députée du parti social-démocrate allemand (SPD)
Nombre de nos électeurs ont profité de la social-démocratie pour se hisser au niveau de la classe moyenne, mais aujourd’hui l’individualisme a pris le pas sur le souci du bien commun, sur une vision globale de la société. En Allemagne, mais aussi ailleurs, les formations politiques nationalistes réussissent à mieux répondre à des inquiétudes spécifiques, notamment en matière de globalisation et d’immigration. Quant aux citoyens soucieux de l’environnement, ils vont plutôt se tourner vers les Verts que vers les parties qui offrent une palette politique plus large. Nous pêchons également au niveau de notre crédibilité. Les citoyens n’ont pas toujours le sentiment que nous prenons en compte leurs besoins.

 

Sandro Gozi, président de l’Union des fédéralistes européens
Je crois que nos sociétés sont saisies d’une forme de nostalgie du passé. Ce «c’était mieux avant» favorise les extrémismes de gauche et de droite. Mais c’était quand «avant»: avant l’euro? Avant la chute du mur de Berlin? Avant la globalisation? Ce sentiment qui imprègne les couches sociales les plus prétéritées par les changements sociétaux représente un grand défi pour les socio-démocrates. A mon sens, les questions identitaires, les inégalités croissantes, les divisions internes et l’absence de leader charismatique expliquent également la perte de vitesse des parties de gauche.

 

Hannes Swoboda, membre du parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ)
Il faut se demander pourquoi certains partis ont du succès. Ils en ont parce qu’ils répondent de manière concrète à des craintes spécifiques. L’extrême droite répond aux craintes sur l’immigration, sur la surpopulation étrangère. Une réponse erronée, mais une réponse simple. Les Verts eux répondent à l’angoisse climatique. Ils en ont fait leur thématique centrale, mais ils ne prennent pas en compte les impacts sociaux d’une politique climatique. Comment la social-démocratie peut-elle se positionner entre ces deux courants? Quelle vision pour l’avenir proposer? Nous avons également été trop timorés sur certaines thématiques, notamment en matière d’immigration. Sans elle pourtant, le système de santé et le système social autrichien se seraient déjà effondrés.

 

Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse
La gauche a une tendance à l’auto-flagellation, mais moi je fais partie des gens plutôt optimistes. Je tiens à préciser que cette érosion ne concerne pas que la gauche mais tous les grands partis populaires. C’est la crise des partis généralistes au profit des partis qui ont une offre monothématique, sur l’immigration à droite et sur l’environnement à gauche. Ce qui pose problème, c’est que le PS en particulier et les socio-démocrates en général n’arrivent plus à intégrer les soucis de l’électorat ouvrier et de la classe moyenne. J’ai parfois eu l’impression que la gauche s’adressait plus aux gagnants de la globalisation qu’à ses perdants. La gauche peine à concilier engagement ferme en matière de protection des salaires et ouverture à l’Europe.


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Christian Doninelli

The long and winding road! Après un détour par l'archéologie, l'alpage, l'enseignement du français et le journalisme, Christian travaille depuis l'été 2015 dans notre belle Université. Son plaisir de rédacteur en ligne? Rencontrer, discuter comprendre, vulgariser et par-ta-ger!

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