Les défis de l’Etat de droit en Europe

Les défis de l’Etat de droit en Europe

Députée au Parlement luxembourgeois et ancienne membre de la Commission européenne, Viviane Reding n’en démord pas: pour elle, la construction européenne est une aventure sans précédent dans l’histoire. Elle viendra  à Fribourg marteler son credo le 10 mai prochain dans le cadre de la 44e Journée de l’Europe. Rencontre.

Célébrer une telle journée en Suisse, au cœur de l’Europe, sans pourtant y être, n’est-ce pas paradoxal?
Fêter l’Europe, c’est honorer une aventure sociétale unique; jamais encore, dans l’histoire de l’humanité, des Etats indépendants ont décidé librement de mettre en commun des prérogatives nationales pour les partager avec d’autres et  de ce fait accroître leur propre pouvoir. L’Europe est devenue un continent de paix et de prospérité, qui pèse dans un monde globalisé. La Suisse a décidé de faire partie de ce développement, en signant des accords spécifiques avec l’Union. La fête de l’Europe est ainsi aussi la fête de la Suisse

Vous avez été la première Commissaire européenne en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté. De quoi doit-on protéger le citoyen lambda européen aujourd’hui?
Les Traités Européens ainsi que la Charte des Droits Fondamentaux garantissent des droits clairs et inaliénables à tous ceux qui vivent sur le territoire de l’Union. Entre autres la non-discrimination des citoyens, les droits sociaux, la libre circulation et l’indépendance de la justice.

L’État de droit semble sous pression avec un populisme qui – en Europe – rime aussi avec euroscepticisme. Comment mieux mettre en avant les points forts de l’État de droit?
Les institutions démocratiques de l’Union (Conseil des ministres, Parlement, Commission) ont pour mission de préserver et de mettre en place les Droits inscrits dans les Traités, sous l’égide de la Cour de Justice européenne. C’est ce qu’elles font, malgré les essais infructueux de certains extrémistes de nuire à ces acquis

L’économiste américaine Shoshana Zuboff parle d’un capitalisme de surveillance qui menace la liberté, la démocratie et la vie privée. Pourtant, l’Union européenne qui défend les intérêts du citoyen subit un manque de confiance, tandis que les collecteurs de données comme Facebook ou Amazon jouissent d’une popularité sans précédent. Que dire de cette contradiction?
L’Union a créé le Règlement garantissant la protection des données personnelles, qui s’applique à toutes les entreprises opérant sur le territoire européen, y compris celles de pays tiers. La Suisse s’est ralliée à ce Règlement. Les régulateurs nationaux et européens veillent à son application.

Parlons du Brexit: Sur le plateau de la Radio Télévision Suisse (RTS) vous avez, en 2016 déjà, manifesté peu d’attachement aux Britanniques en évoquant une «mentalité différente». Maintenez-vous vos propos face au chaos actuel?
Le chaos créé par l’incapacité des institutions britanniques de décider du sort de leur propre pays fait froid dans le dos. Et l’incertitude qui s’ensuit est nuisible aux citoyens et aux entreprises. Quel gâchis !

Les orateurs qui vous ont précédé lors des dernières Journées de l’Europe à Fribourg, ont affirmé «Le Brexit n’est pas le mal. Le Brexit est un symptôme du mal» (Pierre Moscovici, 2017) et «Diese Verhandlungen sind bislang durchaus konstruktiv verlaufen und sollten bis Oktober [2018] abgeschlossen sein» (Jean Asselborn, 2018). J’ose le pronostique qu’en mai 2020 le bras de fer ne sera toujours pas terminé. Êtes-vous plus optimiste?
C’est aux Britanniques et à leurs institutions de décider de leur sort.

Vous avez été pendant 12 ans (1986-1998) la présidente de l’Union luxembourgeoise des journalistes. Puisque votre allocution aura lieu dans le bâtiment du Pérolles, le siège du Département des sciences de la communication et des médias, pouvez-vous nous confier votre avis sur l’état actuel du journalisme?
Le journalisme de qualité (surtout celui de la presse écrite) est en pleine mutation, face au court-termisme amené par l’évolution des réseaux sociaux. La presse élabore elle-même des nouveaux moyens de communiquer avec le lecteur. La politique doit la soutenir car, sans journalisme de qualité, la démocratie souffre.

Après une carrière politique aussi longue, quels défis qui vous intéresseraient encore? Peut-être aussi en dehors du monde politique?
Les défis ne changent pas. Ils deviennent même plus complexes. L’expérience du passé allié à la compréhension des évolutions technologiques peut aider à trouver des solutions innovatives et réalistes pour l’avenir.

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44e Journée de l’Europe de l’Université de Fribourg
10 mai 2019, 17:15
Bd de Pérolles 90, 1700 Fribourg
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Marius Widmer

Ist im Grüezi-Land aufgewachsen, das Schicksal zieht ihn jedoch immer wieder nach Freiburg. Zuerst für die Rekrutenschule, dann fürs Studium der Medien- und Kommunikationswissenschaften, später fürs Wohnen und nun sogar noch fürs Arbeiten. Leiter des Dienstes Unicom mit einem Faible für fast alles, was mit Sport zu tun hat.

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Ist im Grüezi-Land aufgewachsen, das Schicksal zieht ihn jedoch immer wieder nach Freiburg. Zuerst für die Rekrutenschule, dann fürs Studium der Medien- und Kommunikationswissenschaften, später fürs Wohnen und nun sogar noch fürs Arbeiten. Leiter des Dienstes Unicom mit einem Faible für fast alles, was mit Sport zu tun hat.

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