Une exposition explore le lien entre archéologie et photographie

Une exposition explore le lien entre archéologie et photographie

Le 25 septembre la Chaire d’histoire de l’Antiquité se joint à l’Association des Amis de la Bibliothèque d’Andritsena pour présenter une exposition originale de photographies archéologiques de Stavros Andriotis Impressions et émotions sous l’égide de l’Ambassade de Grèce en Suisse. Le vernissage sera précédé d’une conférence du Prof. Jean-Yves Marc de l’Université de Strasbourg, intitulée Photographie et archéologie​. Cédric Brélaz, professeur d’Histoire de l’Antiquité, nous présente le projet.

Cédric Brélaz, l’exposition et la conférence qui l’introduit veulent établir le lien entre photographie et archéologie au XIXe siècle. Comment ce lien se noue-t-il ?
L’archéologie, qui était une science en cours de constitution dans la première moitié du XIXe siècle, s’est emparée, dès ses premières expérimentations, de l’innovation majeure qu’a été la photographie. Au XVIIIe siècle déjà, les amateurs d’antiquités furent sensibles à l’intérêt que représentait la reproduction illustrée, alors par le biais de la gravure et de la peinture, pour l’étude des vestiges et des œuvres d’art, comme le montrent par exemple les vues de Piranèse. Lorsque les premières fouilles systématiques eurent lieu dans les dernières décennies du XIXe siècle dans le bassin méditerranéen, la photographie fut utilisée comme moyen de documentation et d’étude des ruines, même si ce n’était pas de manière systématique. Certains archéologues furent néanmoins à l’avant-garde et constituèrent des archives photographiques. Ces fonds de plaques de verre sont très précieux pour l’histoire de la prospection archéologique et livrent également un témoignage ethnographique sur les contrées explorées. Le Professeur Jean-Yves Marc, Directeur de l’Institut d’archéologie classique et de la Faculté des sciences historiques de l’Université de Strasbourg, est curateur du Musée Adolf Michaelis (qui doit son nom au premier professeur d’archéologie de l’université, alors allemande, de Strasbourg, et qui conserve notamment un fonds photographique ancien exceptionnel). C’est un expert de l’histoire de l’archéologie.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Ce lien a-t-il changé ? Evolué ? Quel est l’impact des nouvelles technologies ?
L’image est désormais omniprésente et incontournable dans la recherche archéologique. Il ne s’agit plus seulement de prises de vue, qui sont évidemment numériques aujourd’hui, mais de traitement de l’image avec toutes les fonctionnalités que cela comprend. L’image et son traitement informatique permettent des reconstitutions, des modélisations et sont devenus à part entière des outils d’analyse et d’interprétation pour la recherche archéologique contemporaine. Comme toutes les autres sources et méthodes à la disposition de l’historien de l’Antiquité et de l’archéologue, la prise de vue ne parle cependant jamais d’elle-même et ne comporte pas de vérité intrinsèque. L’image ne saurait se substituer à une démonstration raisonnée.

L’exposition s’intitule «Impression et émotion». Il ne s’agit donc pas que d’images documentaires… L’émotion a-t-elle sa place dans une branche scientifique telle que l’archéologie ?
Si la conférence du Professeur Marc a pour but d’aborder la question de l’apport de l’image à la recherche archéologique et de son importance dans l’histoire de la discipline, l’exposition, due au photographe grec Stavros Andriotis, se veut, pour sa part, un écho artistique à ces réflexions épistémologiques et méthodologiques sur le rapport entre image et science. L’émotion, la passion même parfois, sont certainement ce qui guide l’archéologue et l’historien lorsqu’ils explorent un site. Mais cette motivation initiale ne doit jamais l’emporter sur l’objectivité que requiert l’analyse scientifique. Bien que l’archéologie et l’histoire soient des disciplines devenues en effet très techniques ces dernières décennies, le travail de terrain sur les sites de Méditerranée orientale peut conserver une forme de poétique. Cette exposition invite à une approche esthétique de sites et d’objets archéologiques, une perspective qui n’a plus cours dans la photographie archéologique scientifique. L’exposition, organisée par l’Association des Amis de la Bibliothèque d’Andritsena (une association culturelle, basée à Fribourg et présidée par le Dr. Dimitrios Tselepis, visant à la promotion d’une bibliothèque érudite constituée au début du XIXe siècle et conservée en Grèce), est, en quelque sorte, une évocation artistique de la recherche archéologique.

Stavros Andriotis a étudié la photographie à l’International Center of Photography à New York et participé à plusieurs expositions individuelles et collectives à Athènes, Thessalonique, Rome, Londres et aux Etats-Unis. Ses réalisations ont été distinguées par de nombreux prix. Il travaille actuellement comme photojournaliste en Grèce et aux Etats-Unis et enseigne la photographie à la Leica Academy à Athènes. Il collabore également avec divers journaux et revues internationaux. Par ses photos de sites et d’objets archéologiques, Stavros Andriotis ne cherche pas à emporter l’adhésion, mais l’émotion. Il nous réapprend la subjectivité du regard. Plutôt que la permanence des choses que pourrait suggérer l’évocation d’objets archéologiques anciens de plusieurs siècles, c’est leur relativité et leur fugacité qui sont révélées par ses photographies.

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  • Cédric Brélaz est professeur d’Histoire de l’Antiquité à la Faculté des lettres et des sciences humaines.
  • Le vernissage de l’exposition aura lieu le mercredi 25 septembre 2019, 18h00-19h30, salle MIS03 Auditoire C.
  • Photos:  © Stavros Andriotis​ et Association des Amis de la Bibliothèque d’Andritsena.

Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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