Sciences et société
UE-SFS.00002

Teacher(s): Rochat François
Level: Bachelor
Type of lesson: Lecture
ECTS: 3
Language(s): French
Semester(s): SP-2021

Les connaissances scientifiques sont actuellement avant tout appréciées en fonction des applications qui peuvent en être tirées, car ce sont celles-ci, pensons-nous, qui augmenteront notre confort, notre niveau de vie et nos moyens d’action. C’est ainsi que la mise au point de nouvelles possibilités techniques suscite généralement notre enthousiasme, que ce soit dans le domaine de la chirurgie, dans celui de l’exploration spatiale ou encore dans celui des télé-techniques grâce auxquelles tout nous semble désormais faisable, c’est-à-dire accessible, visible, audible, lisible, pour autant que nous puissions nous connecter à ce tout depuis l’endroit où nous nous trouvons. Le rôle que jouent ces connaissances dans le développement de certains produits explique largement la valeur économique accordée aujourd’hui à la recherche scientifique et il semble évident que cette situation va se poursuivre en se généralisant à condition que l’on continue à investir ressources humaines et matérielles dans la recherche scientifique et technique.
Ce tournant de la science vers de nouveaux développements techniques est pourtant récent. Il remonte, comme le montre Erik M. Conway, historien des sciences et des techniques au California Institute of Technology, dans son livre Exploration and Engineering (2015), à la dernière décennie du siècle passé. Ce tournant est-il une bonne chose pour la science et pour la société, s’interroge Conway en s’appuyant sur une analyse détaillée de l’exploration spatiale qui sert désormais à la mise au point de nouveaux robots aux réalisations spectaculaires. La présentation de prouesses techniques aussi nouvelles qu’inédites attire certes l’attention du public, et celle d’investisseurs potentiels, mais la nouveauté est éphémère, et notre attention est vite captée par une autre découverte incroyable. N’en vient-on pas ainsi, en science, à vouloir montrer à tout prix des résultats quand il faudrait avoir la patience d’attendre la saison des récoltes si l’on ne veut pas épuiser la recherche et affaiblir la créativité des personnes qui s’y consacrent ? La précipitation vers les applications possibles d’une découverte scientifique n’est-elle pas un obstacle à la maturation de la connaissance acquise et à la réflexion préventive qu’il y a toujours lieu de consacrer à aux éventuelles retombées destructrices d’une application possible d’un savoir scientifique ?
L’étude de Conway fait en effet apparaître que ce tournant de la science vers le développement de techniques nouvelles fait tomber dans l’oubli des techniques moins nouvelles mais éprouvées dont on pourrait encore tirer beaucoup. Elle détourne aussi la science de la recherche fondamentale et des apports à long terme qu’elle seule est capable de nous offrir. Elle privilégie enfin la recherche intrusive, celle qui intervient dans son objet d’étude et qui cherche à en prendre le contrôle en le modifiant, signe de nouveauté et de maîtrise techniques. Il s’ensuit malheureusement un risque de destruction de ce que l’on cherche à étudier, parce que l’objet de cette étude aura été altéré ou dénaturé au cours de son investigation. C’est pourquoi Conway pose la question suivante pour le bien de la science et de la société : n’y aurait-il pas lieu de sanctuariser ces objets d’étude trop fragiles pour se maintenir face à nos manières de vouloir les étudier, et de pratiquer, pour ces objets subtiles et délicats, une étude à distance qui permette de les connaître sans les détruire dans le même temps ? N’est-ce pas là une chose à faire, ne serait-ce que pour laisser aux générations futures de scientifiques des terres vierges, scientifiquement parlant, de nos intrusions techniques modificatrices ?


Training aims

Ce sont quelques cas de développement de techniques nouvelles et quelques cas d’utilisation de techniques éprouvées qui seront présentés dans ce cours, de manière à faire reposer la réflexion sur des situations spécifiques. Nous prendrons en compte ce qui pourrait être raisonnablement déduit de ces cas et nous examinerons si une quelconque généralisation peut en être inférée. Ainsi nous chercherons à tirer le meilleur de l’intéressante question posée par Erik M. Conway en nous appuyons sur la lecture de divers textes de scientifiques et de philosophes.