Philosophie et éthique des sciences
UE-SFS.00001

Enseignant(s): Rochat François
Cursus: Bachelor
Type d'enseignement: Cours
ECTS: 3
Langue(s) du cours: Français
Semestre(s): SA-2020

Des milliers d’animaux, en Suisse, sont régulièrement mis au service de la recherche scientifique et une grande partie d’entre eux sont sacrifiés au terme du service rendu ainsi à la recherche. Certes, d’autres animaux seront mis au bénéfice des résultats de quelques-unes de ces recherches, mais peut-on considérer pour autant que tous les êtres vivants pourraient se retrouver bénéficiaires de cette recherche conduite et voulue par un bon nombre de membres de l’espèce humaine ? Y aurait-il là une question incontournable, celle de la justice ou de l’équité de cette sorte de recherche scientifique à l’égard de ses sujets d’étude et d’investigation qui sont, en l’occurrence, des animaux vivants ? Peut-on se servir des autres sans rien leur devoir en retour ? A chacun son dû n’est-il pas un principe juste qui devrait être appliqué dans la recherche scientifique également ?
Cependant, s’il faut appliquer ce principe, il est nécessaire de savoir au préalable quel est le statut de chacun ? Y aurait-il des degrés d’importance à prendre en compte, des prérogatives à respecter ? C’est la question à laquelle Shelly Kagan propose de donner une réponse dans son ouvrage How to Count Animals, more or less (2019). Sa réponse appelle à faire une hiérarchie qui donne plus de poids à l’espèce humaine tout en redonnant du poids aux animaux, un poids que nous sommes encore bien loin de leur reconnaître, ce qui explique pourquoi nous les maltraitons encore si largement. Une telle hiérarchisation peut-elle offrir des garanties d’impartialité ? Peut-elle être assimilée à une sorte de paternalisme humain à l’égard des différentes espèces animales ? Ne serait-elle pas néanmoins une excellente mise au point de nos obligations à l’égard de ces animaux dont nous nous servons au mépris de leur statut et du respect que nous leur devons ?
Cette question de l’équité de la recherche scientifique à l’égard de ses sujets d’étude et d’investigation va plus loin encore, puisque les scientifiques témoignent parfois de leur profond attachement aux êtres vivants qui sont au coeur de leurs recherches et qui leur inspirent admiration, affection et reconnaissance. De ces liens il sera aussi question dans ce cours, car aujourd’hui, c’est avec force et clarté que cette question est posée. Il en va du bien des scientifiques et de toutes les personnes qui sont attentives aux équilibres rompus ou devenus fragiles qui rendent la poursuite de l’aventure humaine difficile à entrevoir et à orienter avec intelligence. Dans ce contexte, il est réjouissant de découvrir les récentes contributions à la compréhension de cette question et de ses enjeux, car elles permettent de développer une réflexion aussi nécessaire que stimulante nous aidant à envisager des réponses précises, circonstanciées et susceptibles d’amener une convergence de vues, si ce n’est des éléments à même d’assurer un consensus.


Objectifs

Prendre connaissance des réflexions contemporaines de scientifiques et de philosophes sur la question qui est au centre de ce cours reviendra aussi à prendre le temps de la réflexion personnelle dans un contexte de discussion et de dialogue. Les textes étudiés seront pris comme des points de départ, des invitations à envisager la question sous tel ou tel angle, à suivre un raisonnement solidement élaboré sans pour autant renoncer à faire l’effort de penser par soi-même tout au long de ce cheminement d’étude. Il en résultera certainement de généreux partages d’idées.