(Dé)clic d’avenir

(Dé)clic d’avenir

L’informatique est une science encore très jeune, mais elle occupe aujourd’hui une place incontournable. A l’occasion d’une journée qui rassemble les pionniers de la branche, Béat Hirsbrunner, premier professeur de la branche à l’Unifr partage avec nous quelques impressions de l’histoire fribourgeoise de l’informatique.

Béat Hirsbrunner, vous avez été le premier professeur de la première Chaire d’informatique de l’Unifr. Quels ont été les défis qu’il a fallu relever à cette époque-là?
A mon arrivée à l’Université de Fribourg, en 1986, les défis ont été nombreux: de la création du Laboratoire d’informatique (LIUF) à la mise sur pied d’un plan d’études en informatique adapté au contexte fribourgeois, en passant par le recrutement de deux nouveaux collègues, les Professeurs Jacques Pasquier et Rolf Ingold. Il a également fallu créer un service informatique pour toute l’Université  – dont Jean-François Descloux  fut le premier directeur, dès 1989. Tout cela n’aurait pas été possible en si peu de temps sans une bonne collaboration au niveau national et sans le soutien et la contribution sans faille de mon collègue Jürg Kohlas de l’Institut d’automation (IAUF) de la Faculté des sciences économiques et sociales; lui aussi a été le promoteur de la création de cette première Chaire en informatique.
Il a  fallu batailler dur pour faire comprendre aux collègues de la Faculté des sciences que l’informatique est une science, au même titre que les mathématiques ou la physique, par exemple. Et ce n’est finalement qu’en 1995 que l’IAUF et le LIUF ont  officiellement fusionné en un département interfacultaire et seulement en 2005 que nous avons eu la chance d’occuper le même site sur le plateau de Pérolles, après une bonne dizaine de tentatives, dont la première remonte à 1985! Comme dit un fameux dicton fribourgeois: ça finit par se réaliser quand on n’y croit plus.

Aujourd’hui, le Plateau de Pérolles s’est beaucoup développé et de nombreuses interactions entre les hautes écoles qui y sont présentes ont été développées. Quel rôle joue cet espace particulier dans le paysage suisse?
Dès mon arrivée à Fribourg, j’ai eu la chance de nouer des liens extrêmement fructueux avec l’Ecole d’ingénieurs et d’architectes, notamment avec Michel Rast et, un peu plus tard, avec Antoine Delley. Dans un cadre très informel, nous avons réussi à partager et échanger nos savoir-faire et nos ressources en enseignement et en matériel.
Un exemple reflète bien l’excellente entente entre nos deux écoles:  en août 2000 et 2001, John Cordier, le CEO de Telindus, société belge active dans les technologies de l’information et de la communication, a invité  dans son centre de formation à Louvain, en Belgique, plus de quarante étudiants de nos deux écoles pour une formation complémentaire d’une semaine en télécommunication.
Avec la transformation de l’Ecole d’ingénieurs en HES-SO, cette collaboration s’est naturellement étendue à la recherche. Plusieurs projets conjoints sont régulièrement menés et soutenus financièrement, notamment par le Fonds national suisse de la recherche et la Fondation Hasler.
Cette proximité est unique en Suisse, exception faite du Tessin, dont l’Ecole d’ingénieurs a récemment rejoint le campus de l’informatique académique à Lugano. Et la très bonne entente entre collègues fribourgeois des deux écoles permet de mener à bien des projets difficilement réalisables autrement. Aujourd’hui,  je vois dans la venue de Blue Factory sur le site de Cardinal une nouvelle opportunité de renforcer les liens et les synergies.

Pour vous la promotion de l’informatique auprès des plus jeunes revêt une grande importance. Expliquez-nous pourquoi et quels projets vous avez mis en place.
Aujourd’hui l’informatique est omniprésente et le deviendra encore plus dans le futur. Tout citoyen doit avoir une formation de base, au même titre que les langues et les mathématiques. En 1986-88, grâce à un généreux soutien financier de l’Etat de Fribourg, nous avons formé  de nombreux enseignants au niveau des collèges. Puis, la nouvelle loi sur la maturité de 1995 a tout chamboulé, puisque l’informatique n’était plus une branche d’enseignement. Un comble…  Qui n’a été corrigé partiellement que 15 ans plus tard. Il reste aujourd’hui à réintroduire l’informatique comme branche d’enseignement obligatoire, à côté des langues, des mathématiques et des sciences naturelles. Nous y travaillons pour la prochaine révision prévue pour le début des années 2020. A noter que le gymnase de la Broye a été le premier gymnase en Suisse, il y a une dizaine d’années déjà, à offrir l’informatique en branche obligatoire, suivi, l’année passée, par tout le Canton d’Argovie, grâce au lobbying du Professeur Carl August Zehnder.
Ceci dit, dans nos écoles fribourgeoises, de nombreux enseignants offrent de très bon cours à option. Par exemple, Manuela Barraud, professeure de maths et de sciences au Cycle d’orientation du Gibloux, et Olivier Jorand, privat-docent à l’Unifr, donnent des cours de robotique aux élèves du CO de Farvagny depuis une dizaine d’années, et ont récemment formé des enseignants de plusieurs écoles secondaires, grâce au soutien financier de la Fondation Hasler.
Le chemin sera encore long, très long. Mais je reste optimiste: l’informatique finira par s’imposer comme branche d’enseignement, au même titre que les langues et les mathématiques, et ceci à tous les niveaux, de la maternelle à l’Université.

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  • Jeudi 24 novembre, la Journée «les pionniers de l’informatique» sera l’occasion d’une petite balade dans l’histoire de l’informatique avec une exposition, proposée par le Musée Bolo, regroupant des pièces vintage à voir et à toucher, une keynote de Robert Caillau, co-inventeur du world wide web et un pannel de discussion pour évoquer souvenirs et visions d’avenir. > programme complet
  • Page de Béat Hirsbrunner

Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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