Religion on- et offline

Religion on- et offline

Quel point commun entre un monastère, les Témoins de Jéhovah et Second Life? Si l’élément religieux apparaît pour les deux premiers, il est moins évident pour le troisième, et pourtant… L’utilisation des médias et des nouvelles technologies par différentes communautés religieuses est au centre de nombreuses recherches académiques comme l’a montré un colloque organisé par le Département de science des religions.

Afin de clôturer un projet de recherche de trois ans, le Professeur Oliver Krüger a mis sur pied un colloque intitulé «The Dynamics of Religion, Média, and Community» qui s’est tenu à l’Unifr les 29 et 30 septembre derniers. A cette occasion, des spécialistes de la question s’étaient réunis pour faire le point sur les changements récents. Différents sujets ont été abordés comme la création d’Eglises virtuelles (The Church of Fools, Second Life ou, plus récemment, St-Pixel et i-church), l’emploi d’Internet par et dans les monastères, le fonctionnement de Lifepoint Church proposant à ses membres de partager des événements importants (rassemblements, sermons, baptêmes, etc.) en ligne.

Il a également été question de production médiatique religieuse aux Philippines avec l’exemple du site JesCom (Jésuit Communication) et de la compagnie du même nom qui a produit un film sur la vie d’Ignace de Loyola sur le modèle des blockbusters américains. Autant de sujets qui ont su passionner un auditoire attentif.


Le Professeur Andrea Rota et Fabian Huber, assistant de recherche, ont profité du colloque pour présenter les résultats de la recherche concernant l’usage des nouveaux médias par les Témoins de Jéhovah et les communautés Vineyard en Suisse. Ce projet du Fonds national suisse «Die Dynamik von Mediennutzung und den Formen religiöser Vergemeinschaftung» dirigé par le Professeur Oliver Krüger, s’interroge sur la fonction dynamique jouée par les médias pour des formes récentes de communautarisation religieuse. Il s’agissait principalement d’établir l’importance du facteur médiatique dans la cohésion des communautés. Concernant la pratique religieuse, de nombreux spécialistes ont observé que les nouveaux médias peuvent poser des problèmes considérables à certains groupes: comment les Amisch et les Juifs ultraorthodoxes, par exemple, parviennent-ils à contourner les interdits d’une doctrine religieuse traditionnelle clairement réfractaire aux nouvelles technologies pour se servir du téléphone ou du smartphone?

Deux communautés religieuses sous la loupe
Les deux communautés ont été choisies sur des critères concernant la structure institutionnelle, ainsi que l’usage collectif et personnel des médias. Elles ont en commun une forte conscience communautaire et une présence croissante en Suisse, ainsi que sur le plan international, et diffèrent grandement dans l’organisation des services religieux, ou dans l’utilisation et la production médiatique.

L’Association of Vineyard Churches, est un regroupement d’Eglises chrétiennes évangéliques qui compte plus de 1500 églises dans 60 pays (dont la Suisse avec des antennes à Berne, Zurich et Genève). Les cultes, très dynamiques, proposent une alternance entre musique, éléments charismatiques (imposition des mains, guérisons, etc.) et prêches sur la vie courante. Les nouveaux médias (Internet, télévision, radio) sont importants pour la diffusion et l’expansion du mouvement. Une utilisation intensive de la technologie durant les cultes a été observée: images et vidéos dans des présentations PowerPoint, écrans pour les textes des chansons, micros, haut-parleurs, écouteurs pour la traduction simultanée, etc. De plus, la communauté dispose d’une forte présence sur Internet avec une offre très large composée de plus de 300 prêches qu’on peut consulter en podcast avec une app créée à cet effet, mais aussi des clips avec des témoignages de membres, des vidéos des plus grands événements sur Vimeo et YouTube, différentes pages Facebook (celle de Berne comptabilise 800 likes) et un site Internet très complet proposant différentes offres, un agenda des cultes et des manifestations, des aides pour la vie quotidienne, une présentation du mouvement, etc.

 

Les Témoins de Jéhovah, mouvement prémillénariste et restaurationniste se réclamant du christianisme, comptent plus de 8,3 millions de membres actifs dans le monde entier. La pratique religieuse, fortement orientée sur la lecture des textes, a rapidement poussé ce groupe à publier leur mensuel, la Watch Tower (La Tour de garde), la revue chrétienne la plus diffusée. La position des Témoins de Jéhovah envers les médias profanes (télévision, livres et magazines) est majoritairement critique, mais les membres plus jeunes emploient l’iPad et l’e-book pour lire et discuter les textes religieux. Cette communauté entretient une attitude ambivalente envers Internet, un instrument favorisant le contact entre ses membres et les conversions, mais aussi une source de contenus préjudiciables. Elle possède cependant son propre site qui propose, entre autres, des vidéos de présentation et d’enseignements destinées aux enfants et aux adultes .

Pourtant, si les deux communautés acceptent les nouvelles technologies, il s’avère notamment que le mouvement Vineyard utilise Internet de manière intensive, tandis que les Témoins de Jéhovah se basent encore principalement sur les produits imprimés. De plus, les premiers sont relativement indépendants dans l’élaboration des supports médiatiques, alors que les seconds sont organisés autour d’une unité centrale avec un QG international basé à Brooklyn (NY).

Les résultats de ce projet, ainsi que la discussion qui a mis fin au colloque, ont montré que le champ d’études sur la religion et les nouveaux médias n’a pas épuisé toutes ses possibilités. Avec les progrès technologiques rapides et les changements qu’ils entraînent, les mutations de l’utilisation et de la considération religieuse d’Internet représentent un domaine de recherche dynamique et hautement intéressant. Il est fort à parier que les prochaines découvertes réservent encore bien des surprises on- et offline.

Magali Jenny

N’aime pas les étiquettes, mais collectionne les casquettes: rédactrice et traductrice pour Unicom, auteure de plusieurs ouvrages, chroniqueuse et maître-assistante en Science des religions à l’Unifr. Curieuse et touche-à-tout, elle s’est intéressée aux guérisseurs romands et a consacré sa thèse de doctorat aux pèlerinages motards.

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N’aime pas les étiquettes, mais collectionne les casquettes: rédactrice et traductrice pour Unicom, auteure de plusieurs ouvrages, chroniqueuse et maître-assistante en Science des religions à l’Unifr. Curieuse et touche-à-tout, elle s’est intéressée aux guérisseurs romands et a consacré sa thèse de doctorat aux pèlerinages motards.

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