«Les E-Sports doivent jouer un rôle social»

«Les E-Sports doivent jouer un rôle social»

Le cliché du geek boutonneux et asocial, très peu pour lui. Dario Kvasnicka, 23 ans, a le sens du contact et de la suite dans les idées. Etudiant en droit à Fribourg et amateur de jeux vidéos, il veut ouvrir l’Erupt E-Sports Lounge à Berne. Un endroit qui permettra à ceux qui pratiquent les jeux sur ordinateurs de se retrouver dans l’atmosphère d’un bar, dans «la vraie vie». Cette idée innovante lui a valu, ainsi qu’à Matthew Wildhaber, étudiant en économie co-créateur du projet, d’être nominés dans un concours organisé par UBS et la Haute école de gestion de Fribourg.

Le Erupt E-Sports Lounge, c’est quoi?
C’est un lieu où il sera possible de jouer à des jeux vidéos dans un cadre convivial. On pourra y jouer seuls, mais surtout ensemble. Car l’idée principale est de permettre aux joueurs de se retrouver. Internet permet facilement de connecter les personnes, mais se réunir en un même endroit reste une expérience complètement différente. De plus, nous considérons que les E-Sports (sports électroniques, ndlr), comme tout sport, doivent jouer un rôle social et permettre aux gens de se rassembler.

Concrètement, comment cela fonctionnera-t-il?
Des ordinateurs et des consoles seront à disposition et un bar permettra aux clients d’échanger et de passer un bon moment autour d’un verre. Nous organiserons aussi chaque semaine des événements et des tournois, par exemple avec Fortnite, un jeu en ligne qui cartonne aujourd’hui. Nous imaginons aussi des collaborations avec le Super Smash Bros Club de Berne, qui organise des tournois de ce jeu, mais a de la difficulté à trouver un local. Bien entendu, l’endroit sera ouvert à tous et ne sera pas réservé qu’aux hardcore gamers.


Séance de préparation du projet

D’où t’es venue l’idée d’un tel projet?
De ma propre expérience. Avec des amis, il nous arrivait de nous retrouver chez nous pour jouer aux jeux vidéos. C’était vraiment sympa! On jouait et on discutait des après-midis entiers. On ne jouait pas mieux après avoir bu quelques bières, mais c’était vraiment de bons moments (rires). Et je me suis demandé, où nous pourrions nous retrouver spontanément pour vivre cela. Je n’ai trouvé aucun endroit du genre et me suis dit: pourquoi ne pas le créer nous-mêmes?

Voir votre projet nominé parmi les cinq finalistes 2019 du Concept Space + Innovation Challenge, organisé par UBS et la Haute école de gestion de Fribourg, c’est un encouragement?
C’était passionnant. Devoir présenter notre projet devant le jury et le public nous a obligés à le rendre plus concret. Quand tu sais que des experts vont se pencher sur ton projet, ça te met un peu la pression. Notre concept en est ressorti amélioré.

Pourquoi ce nom, Erupt E-Sports Lounge?
Le mot E-Sports se comprend dans toutes les langues. C’est une discipline qui attire aujourd’hui un large public, avec des millions de fans à travers le monde. Les chiffres augmentent chaque année. C’est impressionnant! Après, si tu regardes notre logo, tu vois un volcan avec au sommet, le symbole du WiFi. Ce lieu se voudra un peu comme une éruption qui permet aux joueurs de sortir de chez eux pour se retrouver. Notre projet veut casser ce cliché de joueurs asociaux qui restent enfermés dans leur chambre.

En tant qu’amateur de jeux vidéos, as-tu toi aussi souffert de ce préjugé?
Pas personnellement, parce que j’ai toujours aimé le contact avec les gens. Après, c’est vrai que même si le stéréotype du no life, gros et asocial persiste, le risque de s’isoler et de trop s’identifier aux jeux existe pour certains joueurs. Car un jeu, c’est un peu comme entrer dans un monde formidable. Certains s’y perdent. C’est une réalité, mais à l’inverse, les jeux vidéos permettent aussi de fédérer des personnes de tous horizons dans une large communauté. On le voit avec l’essor des E-sports. Les jeux vidéos ont une bonne popularité auprès des jeunes, mais aujourd’hui, en Suisse, il manque des structures.

C’est-à-dire?
Les sports électroniques – même si cette étiquette sportive est contestée par certains – drainent énormément de joueurs et génèrent beaucoup d’argent, ainsi que de gros investissements. Comme le football, nous avons aussi besoin de petites structures au niveau local pour préparer la relève, afin que les jeunes joueurs puissent se former à partir de onze ou douze ans. Pour un jeune, une carrière dans le E-Sport est devenue réaliste aujourd’hui. C’est une industrie.

Où en est votre projet aujourd’hui?
Nous discutons actuellement avec plusieurs sociétés immobilières pour trouver un local en ville de Berne. Nous avons créé une société l’année passée et notre équipe compte actuellement une dizaine de personnes. Dans l’idéal, nous souhaiterions ouvrir encore en 2019 ou en 2020.

Pas trop dur de mener tout cela en parallèle à tes études?
Non, car ce projet est d’abord une passion, même si je le vois aussi comme une formation professionnelle. J’aime le droit, l’économie, les gens, le fait d’être ensemble, de boire un verre et de jouer. C’est une chance de pouvoir concrétiser quelque chose qui réunit tout cela.

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  • Site de l’Erupt E-Sports Lounge

 

Farida Khali

Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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Exerce d’abord sa plume sur des pages culturelles et pédagogiques, puis revient à l’Unifr où elle avait déjà obtenu son Master en Lettres. Rédactrice en chef d’Alma & Georges, elle profite de ses heures de travail pour pratiquer trois de ses marottes: écrire, rencontrer des passionnés et partager leurs histoires.

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